1. Un art sacré


Témoignage encore vivant du code de vie et d'honneur des Nayar (caste des guerriers), le Kalarippayat (ou Kalaripayat ou Kalaripayatt ou Kalaripayattu) est considéré comme l'un des arts martiaux les plus anciens. Ses origines dateraient de la fondation de l'état du Kérala, en Inde du Sud. Le sage Parashivrama, l'un des avatars de Vishnou, créateur de la terre du Kérala, mais aussi protecteur et conservateur qui veille à l'évolution du monde, enseigna cet art à 21 gurus afin de maintenir l'ordre et d'ouvrir l'homme à la voie spirituelle. Entre le 12ème et le 13ème siècle, le Kalarippayat prit la forme encore pratiquée de nos jours sous la direction d'un gurukkal, incarnation vivante de la tradition.


Kalari signifie "espace creusé dans la terre" et Payat "art de combat".

Construit selon des codes prescrits dans les textes anciens, le Kalari était aussi sacré qu'un lieu de prières. Avant l'occupation anglaise qui interdit la pratique du Kalarippayat, le pouvoir du Gurukkal sur les élèves était égal, sinon supérieur à celui des parents. Chaque village possédait son Kalari où tous les enfants (7 ou 8 ans représentant l'âge idéal pour y entrer), adolescents et hommes, venaient s'entraîner. Les fillettes pratiquaient jusqu'à l'âge de la puberté et pouvaient ensuite choisir de continuer ou non leur entraînement. Le jeune garçon, confié au maître, quittait le Kalari après être devenu aussi parfait guerrier qu'accompli dans son éducation.


2. Les trois étapes d'apprentissage

Maîtrise physique et spirituelle

Les jeunes gens admis dans le Kalari devaient commencer leur apprentissage par une série de massages qui durait 15 jours ; ensuite l'élève abordait l'enseignement physique proprement dit : exercices de contrôle du corps évoluant du simple lancer de jambe au plus complexes rotations et torsions (jambes, buste, bassin...). Les positions et mouvements, inspirés de la gestuelle animale (cheval, lion, poisson, ...), permettaient aux pratiquantsde passer par divers éléments naturels (terre, eau, ...). La combinaison de tous ces exercices donna naissance à des séquences bien définies qui forment les Maippayats : séquences courtes et intensives où les positions de base s'enchaînent dans des mouvements coulés, puisant leur énergie dans la terre pour mieux projeter le corps dans l'espace. La pratique quotidienne permettait à l'individu de maintenir son corps en excellente condition physique et mentale et d'acquérir le contrôle de soi.

Apprentissage des armes

Une fois passée la première étape de son initiation, le disciple pouvait être introduit dans l'art du maniement des armes : bambou, bâton court, dague, épée et bouclier, massue, lance, etc... Deux d'entre elles sont cependant typiques du Kérala : l'Urumi (épée flexible à double tranchant) et l'Otta : petite dague en bois courbe dont l'extrémité s'affine et se termine par un arrondi. Cette arme est basée sur la connaissance des marmas ou points vitaux. Les coups et les pressions sont dirigés vers les centres nerveux et moteurs. Le maître peut ainsi, au cours du combat, stimuler, calmer, voire paralyser l'étudiant... ou l'adversaire. L'Otta, tout à la fois symbolique et efficace, nous mène vers la jonction de la pratique corporelle, du combat à mains nues et de la médecine traditionnelle.

Combat à mains nues

A l'inverse des techniques asiatiques, la défense à mains nues est la dernière enseignée. Dans le "corps à corps", sans la distance des armes, il est trop facile "d'absorber" et de se mélanger à l'énergie de l'autre. Dans la technique à mains nues : adi et thada (adi : pression et coup, thada : esquive), les combattants font usage de la connaissance des marmas pour défaire l'adversaire. Un coup ou une pression sur un marma peut anéantir l'attaquant et le réduire à un état comateux. Il est donc important de connaître et de comprendre l'ensemble des noeuds vitaux.


Extrait de l'article paru dans le n°12 de la revue Génération TAO

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